Un olivier supporte très bien une taille sévère, à condition de respecter le bon moment, la bonne méthode et les besoins réels de l’arbre. Ce geste fort peut transformer un sujet négligé, dense ou vieillissant en un arbre sain, aéré et productif. Mais une taille mal conduite fragilise durablement l’arbre et retarde sa production de plusieurs saisons.
Avant d’aller plus loin, voici ce que vous devez savoir :
- Une taille sévère ne se justifie pas sur tous les oliviers ni chaque année
- Le bon moment se situe généralement entre fin février et mai, hors gel
- L’olivier porte ses fruits sur le bois de l’année précédente : ne coupez jamais tout
- La forme idéale est une couronne ouverte, aérée, avec la lumière au cœur
- La reprise après taille dépend autant de la coupe que des soins qui suivent
Dans cet article, nous vous guidons pas à pas pour tailler sévèrement votre olivier au bon moment, avec les bons outils et sans mettre l’arbre en danger.
Ce que signifie vraiment une taille sévère sur un olivier
Une taille sévère, ou taille de rajeunissement, désigne la suppression d’une part importante de la charpente de l’arbre. On parle généralement de retirer entre 30 et 50 % du volume aérien, parfois davantage sur un sujet très âgé ou très encombré.
Ce type d’intervention se distingue de la taille d’entretien annuelle, qui ne touche que les petits rameaux, les bois morts et les pousses mal orientées. Ici, on recule jusqu’aux branches principales pour forcer l’arbre à repartir sur un nouveau schéma.
L’olivier est l’un des rares arbres fruitiers à tolérer ce traitement radical. Son bois vieux peut produire de nouveaux bourgeons adventifs même après une coupe sévère. Cette capacité de régénération en fait un candidat idéal pour une remise en forme profonde.
Quand une taille sévère est-elle vraiment justifiée ?
Ce n’est pas parce qu’un olivier est grand ou ancien qu’il nécessite une intervention lourde. Voici les situations qui la justifient réellement :
| Situation | Signe visible | Intervention recommandée |
|---|---|---|
| Arbre très dense | Peu de lumière au cœur | Taille d’éclaircissage forte |
| Arbre négligé depuis 5 ans ou plus | Branches croisées, charpente confuse | Taille de rajeunissement |
| Arbre endommagé (gel, tempête) | Branches cassées ou mortes sur 50 % | Taille sanitaire sévère |
| Arbre de forme Irrémédiablement déséquilibrée | Silhouette déportée | Taille de restructuration |
| Arbre en pot trop développé | Racines à l’étroit, volume disproportionné | Taille de contention forte |
Un olivier d’ornement supporte une taille plus légère qu’un arbre productif. Pour un arbre fruitier, l’objectif est de conserver le bois de l’année précédente, seul bois porteur de fruits.
Le meilleur moment pour tailler sévèrement un olivier
Le moment idéal se situe après le dernier gel et avant le départ en végétation. En pratique, selon les régions françaises :
- Sud de la France : de fin février à mi-mars
- Vallée du Rhône et Aquitaine : de mi-mars à début avril
- Autres régions : d’avril à mai, selon les risques de gel tardif
Trois règles absolues à respecter :
- Ne taillez jamais par température négative ou si du gel est annoncé dans les 10 jours
- Ne taillez pas quand les bourgeons floraux sont déjà visibles
- Attendez toujours que les températures nocturnes soient au-dessus de 5 °C en continu
Une taille légère après la récolte, en novembre ou décembre, reste possible dans les régions très douces. Mais pour une taille sévère, le printemps reste la seule fenêtre sûre.
Quelles branches supprimer lors d’une taille sévère
L’ordre d’intervention suit une logique précise. Voici comment nous vous conseillons de procéder :
Priorité 1 : les bois à supprimer en premier
- Branches mortes, sèches ou cassées
- Bois malades (taches, chancres, galeries d’insectes)
- Branches qui se croisent et se frottent
Priorité 2 : les bois à traiter ensuite
- Gourmands verticaux (rameaux qui poussent droit vers le ciel sans fruits)
- Branches qui retombent vers le sol et gênent la circulation de l’air
- Branches qui rentrent vers le centre de l’arbre
Priorité 3 : la mise en forme finale
- Réduction des branches secondaires trop longues d’environ un tiers
- Ouverture du cœur pour laisser entrer la lumière
- Équilibrage de la silhouette globale
Ne supprimez jamais la totalité du bois d’un an. C’est là que se forment les fruits de la prochaine récolte.
La forme à viser après la taille
L’olivier bien taillé présente une couronne en gobelet ou en vase. Cette forme garantit :
- Une ouverture centrale laissant passer la lumière jusqu’au sol
- 3 à 5 branches charpentières bien réparties autour du tronc
- Une hauteur maîtrisée facilitant la récolte (idéalement entre 2 et 4 m)
- Une silhouette équilibrée de tous les côtés
Un arbre trop touffu favorise l’humidité stagnante dans le feuillage et augmente le risque de maladies fongiques comme l’œil de paon (Spilocaea oleagina). Une couronne aérée réduit ce risque de façon significative.
Comment procéder pas à pas pour une taille sévère
Voici notre méthode en 8 étapes claires :
- Observez l’arbre dans sa globalité avant de toucher quoi que ce soit
- Repérez les zones denses, les branches mortes et les défauts majeurs
- Supprimez d’abord tout le bois mort, quelle que soit la grosseur
- Retirez les branches malades en coupant jusqu’au bois sain
- Éliminez les branches croisées en gardant la mieux orientée des deux
- Ouvrez le centre en supprimant les branches qui ferment la couronne
- Réduisez les branches trop longues d’un tiers maximum
- Traitez toutes les plaies avec une pâte cicatrisante dès la coupe effectuée
Reculez-vous régulièrement pour garder une vue d’ensemble. Il est beaucoup plus facile d’enlever encore un peu que de coller ce qu’on a coupé.
Les outils nécessaires pour une taille sévère
| Outil | Usage | Diamètre conseillé |
|---|---|---|
| Sécateur à lame franche | Rameaux fins | Jusqu’à 2 cm |
| Échenilloir (sécateur sur perche) | Branches en hauteur | Jusqu’à 3 cm |
| Scie égoïne ou scie d’élagage | Grosses branches | Au-delà de 3 cm |
| Tronçonneuse légère | Branches très grosses | Au-delà de 8 cm |
| Pâte cicatrisante | Protection des plaies | Toutes sections |
Les outils doivent être affûtés et désinfectés avant et après chaque arbre. Une lame émoussée écrase les fibres au lieu de les sectionner, ce qui ralentit la cicatrisation et favorise les infections. Utilisez de l’alcool à 70 % ou du Javel dilué pour désinfecter.
Les erreurs fréquentes à éviter absolument
- Couper trop en une seule fois : ne dépassez pas 50 % du volume aérien sur un arbre faible
- Tailler pendant le gel : les plaies fraîches ne cicatrisent pas et peuvent provoquer la mort du cambium
- Supprimer tout le bois d’un an : vous supprimez la prochaine récolte
- Laisser les plaies non traitées : une section de plus de 3 cm doit être enduite de pâte cicatrisante
- Utiliser des outils souillés : vous risquez de propager des champignons ou des bactéries d’un arbre à l’autre
- Négliger la suite : une taille sévère sans soins post-opératoires fragilise durablement l’arbre
Une alternative progressive : le rajeunissement en plusieurs années
Si votre olivier est très vieux, très dense ou visuellement affaibli, la taille sévère en une seule fois peut le stresser excessivement. Nous vous recommandons alors un rajeunissement progressif sur 2 à 3 ans :
- Année 1 : suppression du bois mort, ouverture du centre, traitement des maladies
- Année 2 : réduction des branches charpentières secondaires d’un tiers, élimination des gourmands
- Année 3 : finalisation de la forme, équilibrage de la silhouette
Cette approche permet à l’arbre de produire de nouvelles pousses à mesure que vous intervenez. Elle réduit le choc physiologique et maintient une production fruitière partielle pendant toute la durée de la remise en forme.
Les soins après une taille sévère
L’olivier a besoin d’accompagnement dans les semaines et mois qui suivent une taille forte.
Dans les 48 heures :
- Appliquez une pâte cicatrisante sur toutes les coupes de plus de 2 cm de diamètre
- Ramassez et évacuez tous les déchets de taille (ne les compostez pas si des maladies sont présentes)
Dans les 2 à 4 semaines :
- Apportez un engrais organique de fond (fumier composté ou granulés d’algues) en surface autour du pied
- En cas de sécheresse, apportez 20 à 30 litres d’eau tous les 15 jours
Dans les 2 à 6 mois :
- Surveillez l’apparition de nouvelles pousses sur le bois ancien : c’est bon signe
- Contrôlez les premières repousses et supprimez les gourmands indésirables dès qu’ils apparaissent
- Vérifiez que les plaies cicatrisent sans nécroses ni moisissures
À retenir
Les 5 points essentiels de cet article :
- Une taille sévère se justifie uniquement sur un arbre vieux, dense, négligé ou endommagé
- La fenêtre idéale se situe entre fin février et mai, après le dernier gel et avant la floraison
- L’olivier porte ses fruits sur le bois de l’an passé : ne supprimez jamais la totalité des jeunes rameaux
- La couronne idéale est ouverte, aérée, avec 3 à 5 charpentières bien réparties autour d’un centre vide
- Les soins post-taille (cicatrisants, arrosage, engrais, surveillance) déterminent la réussite autant que la coupe elle-même
À propos de l'auteur
Marc, ancien menuisier-charpentier
Après 15 ans sur les chantiers de rénovation en Auvergne, Marc partage ses conseils d'artisan pour vous aider à entretenir, réparer et améliorer votre logement — avec méthode, bon sens et les bons outils.
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